Carnet de bord et café turc : Ma semaine en croisière plongée sur la côte Turquoise

8 mai 2025 | De Fethiye à Kaş, Turquie

Ma combinaison est en train de s'égoutter sur le bastingage en bois de notre goélette, cuisant doucement sous le soleil de fin d'après-midi. Je suis assis en tailleur sur le pont arrière, une petite tasse de café turc corsé dans une main et mon carnet de plongée dans l'autre.

Si vous m'aviez interrogé sur les croisières plongée il y a un an, mon esprit aurait immédiatement divagué vers les énormes "hôtels flottants" en acier de la mer Rouge ou des Maldives. Honnêtement, j'ignorais même qu'il existait une scène "liveaboard" en Turquie jusqu'à ce qu'un binôme de plongée me convainque de réserver une "Croisière Bleue" ce printemps.

Et nous y voilà. Nous sommes début mai 2025, la saison vient de commencer, et je réalise que plonger en Turquie n'est pas une question de traquer les requins-baleines ou d'enchaîner les plongées dérivantes à l'adrénaline. C'est une question d'histoire, d'une eau d'un bleu impossible et, sans doute, de la meilleure cuisine d'après-plongée au monde.

Voici un aperçu de mon journal de bord de ces derniers jours, navigant de Fethiye vers Kaş.


Le bateau : Bien plus qu'un simple "Liveaboard"

Nous ne sommes pas sur un bateau de plongée standard. Nous avons loué une goélette traditionnelle à deux mâts (un gulet). Elle mesure environ 30 mètres de long, a été construite localement et craque de manière rassurante dès que le vent se lève. Les cabines sous le pont sont "cosy" (une façon polie de dire qu'il faut se glisser de côté pour atteindre le lit), mais peu importe : tout le monde finit par traîner son matelas sur le pont supérieur pour dormir à la belle étoile.

Notre capitaine, Burak — un type au teint perpétuellement hâlé par le soleil — navigue le long de ces côtes découpées et bordées de pins entièrement de mémoire. Le compresseur ronronne à la proue pendant que notre chef, à l'arrière, s'occupe de couper des aubergines et de griller du halloumi. C'est un rythme complètement différent, une lenteur glorieuse.


S'immerger dans le "Grand Bleu"

L'eau ici, en ce moment, est... vivifiante. C'est le début du mois de mai, donc la surface est à un accueillant 21°C, mais dès qu'on frappe une thermocline à 20 mètres, ça vous réveille d'un coup. Je suis bien content d'avoir pris ma combinaison 5mm et une cagoule.

Notre plongée de réadaptation s'est faite juste à la sortie du port de Fethiye, dans une crique calme et abritée. Je n'en attendais pas grand-chose, mais dès que j'ai basculé en arrière depuis le zodiac, la visibilité m'a bluffé. On avait un bon 30 à 40 mètres d'eau cristalline.

Hier, nous avons exploré le mur d'Afkule. Ce site est sauvage. On descend le long d'une falaise abrupte qui plonge littéralement dans les abysses. Les parois calcaires sont profondément fissurées et recouvertes d'éponges jaunes et violettes. On a passé la plongée à fouiller les failles et les grottes à la lampe de poche pour débusquer d'énormes murènes et l'un ou l'autre mérou malais à l'air grincheux.


Kaş : Épaves et poissons-volants

Ce matin, nous avons jeté l'ancre près de Kaş, que tout le monde à bord présente comme la capitale de la plongée en Turquie. Ils n'ont pas tort.

Nous avons plongé dans le Canyon, passant par une gorge étroite entre deux parois sous-marines. En sortant du canyon, le fond sablonneux s'est dérobé pour laisser place à l'épave du Dimitrios. C'est un cargo transportant du coton qui a coulé à la fin des années 60. La nature a totalement repris ses droits. Il est lourdement incrusté de vie marine, et nous avons eu la chance de voir une énorme tortue caouanne (Caretta caretta) nager gracieusement juste au-dessus de la coque rouillée, nous ignorant royalement alors que nous faisions nos bulles en dessous.

Plus tard dans la journée, nous avons fait une plongée moins profonde près de la réplique de l'épave d'Uluburun. L'originale est l'une des plus anciennes épaves jamais découvertes (datant de l'âge du bronze final) et repose en sécurité dans un musée à Bodrum. Mais une association locale a immergé une réplique exacte, avec ses amphores en terre cuite éparpillées sur le sable. Planer au-dessus d'une cargaison vieille de 3 000 ans, même s'il s'agit d'une réplique, fait réaliser depuis combien de temps les hommes naviguent — et coulent — dans ces eaux.


Intervalles de surface

Le meilleur moment de ce voyage est peut-être, finalement, l'intervalle entre les plongées. Sur un bateau classique, on attend dans un salon humide en mangeant des biscuits secs. Ici, on s'amarre dans des baies isolées uniquement accessibles par la mer, comme la "Baie de l'Aquarium" ou près des ruines de Kekova.

Entre deux immersions, on fait du snorkeling au-dessus de ruines byzantines englouties, on part en paddle explorer des grottes marines, ou on reste simplement sur le pont à manger notre poids en mezzés : feuilles de vigne farcies, houmous, salade de poulpe frais et des corbeilles infinies de pain croustillant.


Le verdict

Soyons honnêtes : si vous êtes un plongeur qui ne jure que par le gros pélagique ou les plongées dérivantes à haute vitesse, une croisière en goélette turque vous semblera peut-être trop lente.

Mais si vous aimez la plongée associée à une visibilité incroyable, une topographie sous-marine fascinante, une histoire millénaire et des soirées à boire du vin local pendant que la Méditerranée claque contre une coque en bois ? Alors c'est le voyage parfait.

Demain, nous plongeons sur le site de "Flying Fish Reef", puis nous entamerons la lente et paresseuse remontée de la côte. Mon équipement est enfin sec, mais Burak vient de crier que le compresseur est éteint et que le dîner est servi. À table !